Ils sont nos pères...


Ils sont nos pères, tapis dans l’obscurité
de couloirs dont nous ne savons plus les couleurs
ils prennent la forme de lépismes
ou de monstres dont nous sommes fières
ils sont les pères que nous avons eus
plus grands que nous
silencieux
immenses
ils sont la sueur, la force, le métal, la laine
(nous sommes le gras, le rose, la terre, la peur)
et ils n’ont pas vu nos sangs
ils n’ont pas su nos plaintes

nous avons été maigres et tranquilles
dans la lumière grise des couloirs
nous avons pris les formes
de cadeaux tombés du ciel
d’oiseaux blessés ! de fleurs nouvelles !
mais un jour on leur dira
nous avons été petites
dans vos bras partis trop tôt
on se recueillera sur la poussière, sur les pierres
      laissées par eux
pendant des siècles
pas un mot plus haut que l’autre
on sera entières
rusées, violentes et belles
le dérangement en guise de vérité
pour eux

alors ils sauront notre colère (le silence, le sang)
ramperont jusqu’à nous dans les couloirs
      devenus clairs
je les vois, forts et nôtres
qui bâtiront des abris par centaines
dans les forêts plantées pour nous
ils iront chez nos sœurs, et nos mères,
      en banlieue, en Autriche
ils parleront notre langue et diront
que nous sommes leurs filles
grandes, précieuses, plus rapides que le vent

enfin nous serons des monstres
dont ils seront fiers

Entre passé et présent, ce poème raconte une quête d’émancipation, un parcours de l’obscurité à la lumière.

1. Quels sont les temps de verbe utilisés dans chacune des strophes? 

2. Dans chacune des strophes, il est question de couloirs. Ceux-ci passent de l’obscurité, à la lumière grise, à la clarté. Qu’est-ce que cette évolution évoque selon vous? 

3. Que sait-on des pères dont parle la locutrice? 

4. Le poème se termine sur un oxymore (« des monstres dont ils seront fiers »). Qu’est-ce que la locutrice cherche à exprimer par cette opposition selon vous?

5. Le poème compte plusieurs énumérations. Dégagez-les. Comment pourriez-vous faire ressortir ces énumérations à travers la récitation? 

ACTIVITÉ D’ÉCRITURE

En vous inspirant du poème d’Anna Babi, écrivez un court poème de deux strophes. La première sera écrite au passé et la seconde au futur. Utilisez la temporalité pour exprimer une quête, ou l’évolution d’une situation. 

LIENS UTILES

Anna Babi parle de son recueil « Vivarium », dans lequel figure le poème « Ils sont nos pères » : https://www.youtube.com/watch?v=LcWLgd1n8uw

Section « Pour aller plus loin » rédigée par
Référence bibliographique

Anna Babi, Vivarium, Éditions du Passage, 2022

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